
-Mais alors, je dois faire quoi, si je veux être pour de bon un roi ? Tout est déjà inventé. La lune, les montagnes, les chaises, les moustaches.
Tout a déjà un nom.

Un petit enfant s’est fabriqué une couronne. A présent qu’il est un roi (autoproclamé, certes, mais un roi), il doit faire son travail de roi. « Je pourrais inventer des choses », dit-il à Nours. Mais tout a déjà été inventé. Tout a déjà un nom. Commander ? Décider pour les autres ? Nours réprouve, visiblement. Et si l’imagination était le plus beau, le plus doux des pouvoirs ?
« Le meilleur des histoires pour enfants pas trop sages »
Les enfants s’inventent volontiers un royaume et se prennent parfois pour un petit roi dans un album savoureux, crayonné au pastel aussi gras qu’éloquent et dopé à l’humour enfantin. (…)
Une petite fable tendre et poétique, qui a tout pour plaire aux jeunes lecteurs.
Même pour jouer, une couronne sur la tête, au début, ça chatouille et ça flatte, et puis après ça pèse et ça en encombre. Un garçon en fait l’expérience, sous le regard lucide de son ours en peluche. L’album donne à entendre leur conversation aussi vive que marrante, qui aboutit tout naturellement à la conclusion qu’on est mieux à sa place d’enfants que sur le trône. Sagesse piquante des dialogues, onctuosité remuante des illustrations : une exquise leçon d’humilité.
Devenir roi, il n’y a rien de plus simple. Il suffit de bricoler une couronne et de la poser sur sa tête. On peut alors se mettre à « faire son travail de roi ». Mais en quoi consiste-t-il au juste ? À inventer des choses qui n’existent pas ? À renommer celles qui existent déjà ? À donner des ordres à tout-va ?
Telles sont les questions que le jeune héros de cet album se pose au fil du récit. Pour l’aider à progresser dans sa réflexion, il peut compter sur son fidèle (et très franc) conseiller : le bien nommé doudou Nours.
Avec son titre qui rappelle le chef-d’œuvre de St-Exupéry (un clin d’œil qui ne doit certainement rien au hasard), ce nouveau livre de Sylvie Neeman nous séduit par sa finesse, son humour et sa poésie. Quelle bonne idée d’avoir eu recours aux dialogues entre le petit souverain autoproclamé et la peluche pour susciter le rire et faire réfléchir à des sujets importants comme le pouvoir et l’autorité ! Le texte, simple sans jamais être simpliste, imite par moments l’attachante sincérité du parler enfantin et se lit volontiers à voix haute. La « chute » est très bien trouvée et ravira les amoureuses et amoureux des livres et des histoires…
Les illustrations de l’Italienne Francesca Ballarini sont joyeuses et colorées. Les traits épais obtenus grâce au pastel gras apportent une matérialité intéressante à l’ensemble. D’ailleurs, l’impression du livre est si bien réalisée qu’on craindrait presque de se tacher les doigts en parcourant les pages.
Un ouvrage vraiment chouette qui devrait trôner dans toutes les bibliothèques !
C’est chouette d’être roi. Franchement, je vous le conseille. C’est assez facile. Trouvez une couronne (fabriquez-la si nécessaire). Posez-la sur votre tête. Soyez roi. Voilà. Et à ce moment-là, bien sûr, il faut faire des trucs de roi.
Le petit roi, qui s’est fabriqué une couronne avec du papier et de la peinture jaune (juste d’un côté, parce qu’il n’y avait pas assez de peinture, mais ça vaut quand-même) cherche donc des activités de roi. Inventer des choses ? Mais tout à déjà été fait, tout à même déjà un nom. Changer le nom des choses ? Compliqué, et peu utile. Commander ? Mais oui, voilà, un roi, ça commande !
Le petit roi est ravi de son idée. Dès demain à l’école, il va commander.
Mais Nours désapprouve ce projet. « Moi, dit-il, les gens qui commandent, ça ne m’intéresse pas ».
Mais comment être roi dans ces conditions ? Et quelle est la valeur de la couronne, si elle ne confère aucun pouvoir ?
Au fil des échanges avec son nounours, l’enfant va trouver des réponses, simples et à hauteur d’enfant, à ces interrogations.
Les illustrations, au pastel gras reflètent la légèreté du jeu. En s’improvisant roi, l’enfant se met en situation d’observer le monde qui l’entoure autrement, pour finalement savourer sa vie quotidienne, de petit garçon ordinaire. On ne mesure pas toujours à quel point les jeux des enfants sont importants. Ils leur permettent de réfléchir sur le monde, de l’expérimenter dans la sécurité. Tout comme les histoires !
Cet album est une petite tranche de vie d’enfant, tout à fait banale et merveilleuse, comme le sont les jeux d’enfants.