
- C'est combien ?
- C’est 10 francs l’aile.
- L’aile ? Mais une seule aile, ça sert à quoi ?
- Et deux, ça sert à quoi ?
Je lui ai tendu un billet de 20 francs.
Il m’a tendu les ailes.

« Des livres, des tasses, des pantoufles, des fleurs en tissu et des plantes en plastique… » Un homme flâne dans une brocante. Au milieu d’une foule d’objets disparates, il aperçoit une paire d’ailes. Des ailes ? A quoi ça peut bien servir ? Et… faut-il qu’elles servent à quelque chose ? L’homme les achète. Et si elles changeaient, au propre comme au figuré, le regard qu’il porte (que nous portons) sur le monde ?
Des tasses, des lampes, divers cadres et plusieurs figurines en porcelaine, de vieux disques, quelques sacs en cuire, un ou deux fauteuils… Nombreux sont celles et ceux d’entre nous qui connaissent l’ambiance délicieusement poussiéreuse et hétéroclite de ces magasins de brocante. En revanche, il nous est bien plus rare de tomber sur une paire d’ailes. « Des ailes de quoi ? » L’histoire ne nous le dit pas ; mais au fond, peu importe. Car c’est bien leur dimension poétique et métaphorique que ce nouvel album des éditions du Croche-Patte nous invite à explorer. Malgré son catalogue parcimonieux (une publication à hauteur d’un ou deux titres par an), cette maison d’édition nous a d’ores et déjà habitué à des ouvrages empreints de poésie et de malice offrant une vision fraichement décalée du monde qui nous entoure. Pari réussi encore une fois avec Les ailes, un album dans lequel les artistes Sylvie Neeman et Pierre Pratt nous invitent à prendre un peu de hauteur sur notre quotidien. Et c’est en effet d’envol et d’oiseau dont il s’agit ici. (Un thème apparemment propice au duo qui avait déjà collaboré pour L’homme qui faisait peur aux oiseaux, titre paru aux éditions La Joie de Lire en 2018). Le tandem Neeman-Pratt fonctionne encore une fois à merveille, texte et images se répondant dans une parfaite alchimie combinant maîtrise et humour. Les dessins aux traits vifs et aux coloris soutenus de l’illustrateur emplissent les pages d’une belle énergie, non dépourvue d’une certaine douceur onirique. La prose de Sylvie Neeman quant à elle, coule à la façon d’une rivière étincelante. Avec la délicatesse, la poésie et le brin de malice qui lui sont propres, l’auteure délivre un texte dont le rythme subtilement nuancé invite à la lecture à voix haute ainsi qu’à la rêverie intérieure. Car le beau message que nous livre Les ailes est également que – pourquoi pas – tout est possible, pour peu que nos désirs nous portent, un peu plus haut, un peu plus loin, à tir d’ailes, par-delà les nuages, les « merveilleux nuages » …
(...) L’écrivaine vaudoise Sylvie Neeman s’associe au trait de Pierre Pratt, artiste québécois, pour déployer sa poésie pour grands et petits.
(...) Un récit poétique, une écriture tout en finesse pour rendre l’improbable tout à fait possible, des images qui portent et élargissent le texte pour nous embarquer dans ce conte philosophique et métaphorique interrogeant notre capacité à faire un pas de côté pour regarder le monde avec hauteur et légèreté.