
-Je ne sais pas quoi faire de moi, de mes bras, je les tiens croisés contre ma poitrine, c’est à mon tour de me protéger, je me protège d’être là, d’être debout, je me protège de t’avoir proposé ce lit, d’avoir posé sur toi cette couverture.

Lorsqu’Anna ouvre sa porte à Manon, tant de souvenirs s’engouffrent avec l’adolescente dans l’appartement. Manon était une amie de la fille d’Anna. Elles étaient enfants, alors, et tout paraissait si simple. Anna et Manon vont se parler sans presque se rencontrer. Leurs monologues se croisent, s’évitent, veillent sur l’autre dans son sommeil. Tandis que dehors, il fait encore presque jour en ce premier février.
Suivi de L’heure de papier.
Dans ce livre composé de deux nouvelles courtes, la première d'à peine vingt pages intitulée Presque jour capte les instants précieux d'une rencontre inattendue entre deux chagrins, celui d'une mère et d'une adolescente blessée. La deuxième, L’Heure de papier, est organisée comme un dialogue entre Elena, une écrivaine retraitée de 91 ans et Sophie, tout juste majeure. Dans le cadre d'un devoir d'école, Sophie interroge la vieille femme sur son passé et son goût pour l'écriture. Aujourd'hui, Elena ne se souvient presque plus des centaines de phrases qu'elle a couchées sur le papier pendant plus de trente ans. L'écriture lui manque, quand les mots commencent à tourner dans sa tête, elle appelle ça «l'heure de papier». Au fil des rencontres, une amitié se tisse, malgré la différence d'âge. Elles échangent sur le pouvoir de l'écriture et la mémoire revient. Elena ne sait rien de la dimension blessante des mots dans la bouche des jeunes. A l'école, ils font d'eux des cibles faciles du harcèlement. A l'inverse, elle apprend à Sophie à chercher des mots dans le Larousse, lui inculque la patience et la douceur de «sentir l'odeur de la pluie avant même de voir la route mouillée» le matin. En un mot, apprécier le temps qui passe. Avec douceur, Sylvie Neeman raconte deux rencontres éphémères, parfois douloureuses, mais capables de changer le parcours d'une vie.


Sororité, choc intergénérationnel, complémentarité dans ces deux nouvelles courtes mais magnifiquement écrites par la plume sensible et vibrante de Sylvie NEEMAN, qui peint avec poésie et émotion la solitude de l’âge, le désarroi et la fuite du temps.